Les jeunes femmes monoparentales
Les sociétés occidentales
sont aujourd'hui confrontées à une crise majeure de l'emploi
qui entraîne l'appauvrissement des populations les plus fragiles.
Les mères qui sont cheffes de familles monoparentales, et en particulier
les plus jeunes d'entre elles, sont les plus vulnérables, les plus
exposées à la pauvreté et se heurtent à de
nombreux obstacles. 66% des enfants montréalais qui grandissent
dans une famille monoparentale vivent sous le seuil de pauvreté,
comparativement à 21% de ceux qui vivent dans une famille biparentale.
75% des familles monoparentales québécoises avec enfants
de moins de 6 ans ont recours à l'aide sociale. L'ampleur du phénomène
est d'autant plus préoccupante que ces familles risquent de développer
une propension à dépendre de la sécurité du
revenu. Chez 70% des familles qui sont monoparentales, la durée
moyenne du recours à la sécurité du revenu excède
les 10 ans.
La dépendance à l'aide sociale
On observe que le recours à la sécurité
du revenu est plus fréquent chez les plus jeunes de ces mères.
Si une partie de ces adolescentes s'en sortent économiquement et
socialement, il n'en demeure pas moins que la plupart d'entre elles sont
relativement plus démunies que les femmes qui ont reporté
le début de leur vie reproductive à l'âge adulte.
La maternité précoce est
clairement associée à la monoparentalité et au décrochage
scolaire. Dans le contexte actuel, le cumul de ces trois caractéristiques
multiplie les risques de vivre dans la pauvreté et d'y demeurer
longtemps. À preuve, en 1991, 92% des parents seuls âgés
entre 18 et 25 ans, vivaient sous le seuil de pauvreté à
Montréal.
Les jeunes mères issues de milieux
socio-économiques défavorisés se retrouvent en situation
de vie précaire et d'exclusion, ce qui risque d'entraîner
des conséquences graves et coûteuses pour elles-mêmes,
pour leurs enfants et pour leur famille immédiate. Chez les mères,
la pauvreté et l'exclusion du travail signifient souvent détresse
psychologique, isolement social et perte d'identité sociale (Gauthier
et Mercier, 1994). Pour la société, cela se traduit par
un net accroissement des coûts sociaux.
Les enfants et la pauvreté
De nombreuses études mettent en
lumière l'impact négatif du stress généré
par l'insuffisance des revenus sur les relations parents-enfants (Halpern,
1990). Elles démontrent que les tensions engendrées par
l'insécurité financière augmentent la probabilité
que les jeunes mères soient froides, distantes ou impatientes à
l'égard de leurs enfants, qu’elles aient tendance à
percevoir leur progéniture de façon négative et à
adopter des pratiques plus punitives.
Il est par ailleurs prouvé que le
niveau de pauvreté et, de ce fait, la dégradation des conditions
de vie qui en résulte, a un impact important sur la santé
et le développement social des enfants (Gouvernement du Québec,
1991). On observe, par exemple, chez les familles vivant sous le seuil
de pauvreté, une plus forte proportion d'enfants présentant
des retards de croissance.
D’autre part, une vaste étude
publiée le 6 juillet 2004 dans la prestigieuse revue Pediatrics
par l’équipe du Dr Richard Tremblay de l’Université
de Montréal révèle que certains enfants courent 15
fois plus de risques que les autres de développer des comportements
violents. Il s’agit des enfants dont la mère présente
une série de caractéristiques socioéconomiques précises,
comme le fait de ne pas avoir terminé ses études secondaires,
de fumer pendant la grossesse, d’avoir un statut financier précaire
et d’être jeune au moment d’avoir un premier enfant.
Finalement, les enfants issus de familles
défavorisées éprouvent souvent des difficultés
à l'école primaire et présentent un taux de décrochage
deux fois plus élevé à l'école secondaire.
Ils souffrent plus fréquemment de troubles d'apprentissage et occupent
malheureusement le haut du podium de la délinquance. De tels problèmes
augmentent considérablement les risques de reproduire les comportements
de leurs parents et de vivre eux-mêmes, dans leur vie d'adulte,
de longues périodes de chômage, d’exclusion et de pauvreté.
Les habiletés parentales
À Montréal plus de 900 bébés
par an ont une mère âgée de moins de 20 ans . La faible
scolarité des mères constitue un facteur de risque pour
la santé et le développement du nourrisson. Les jeunes mères
pauvres, ayant quitté l’école et qui vivent de l’aide
sociale ou occupent un emploi peu rémunérateur sont des
facteurs qui influent sur l’exercice du rôle parental.
La pauvreté a des impacts marqués
sur le développement des enfants et sur les conditions dans lesquelles
s’exercent les rôles parentaux . Elle entraîne un niveau
de stress, ce qui peut provoquer plus de détresse psychologique
chez les parents, moins de patience avec les enfants et un sentiment d’être
inadéquat à leur égard. Il est donc important de
supporter les jeunes mères dans l’exercice de leur rôle
face à leur(s) enfant(s) par des activités qui favorisent
le développement d’habilités parentales.
En résumé, les jeunes femmes
monoparentales, doivent relever de nombreux défis à la fois:
la maternité, la poursuite de leurs études et/ou l’intégration
à l’emploi ainsi que la survie dans des conditions sociales
et financières difficiles.
L’itinérance chez les femmes
Une étude canadienne commandée
par l’organisme caritatif Sistering et financée par Santé
Canada a démontré que l’itinérance féminine
se développait sur un continuum allant de l’itinérance
cachée à l’itinérance visible.
Afin d’éviter la rue, de nombreuses
femmes avec enfant sont, de fait, en situation d’itinérance
cachée: elles tentent de survivre en consacrant la majeure partie
de leur revenu au paiement d’un logement même inadéquat,
conservant très peu de ressources pour la nourriture, le vêtement
et les médicaments. À l’étape suivante, elles
s’installeront dans la famille ou chez des amis favorisant ainsi
les conflits familiaux et la surpopulation en logement. D’autres,
accepteront de vivre dans des conditions d’habitation difficiles,
voire insalubres ou encore en cohabitation avec un ex-conjoint violent,
pour éviter de se retrouver à la rue. De fait, environ un
tiers des candidates à l’admission à MAP présente
des caractéristiques d’itinérance cachée. D’autre
part, des organismes oeuvrant en itinérance à Montréal
rapportent l’émergence d’un phénomène
de demandes de services provenant de femmes avec enfant(s).
Une autre étude canadienne a passé
en revue les services, les programmes et les politiques qui visent les
jeunes femmes dans diverses agglomérations urbaines du Canada.
L’analyse montre que les femmes représentent entre un tiers
et la moitié des jeunes visiblement sans-abri dans les centres
urbains. Les principales raisons qui pousseraient ces femmes vers la rue
seraient l’éclatement de la cellule familiale, les conflits
et la violence en milieu familial. De plus, le nombre de jeunes femmes
sans-abri qui vivent sous la tutelle d’organismes de protection
de la jeunesse est élevé. L’étude souligne
la nécessité de programmes conçus spécialement
pour les jeunes femmes et des interventions à long terme afin de
répondre aux besoins multiples de ces femmes.
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